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Le sexisme dans le fond…

À l’heure où nous nous sentons tous et toutes libres de nos choix, libres d’aller et venir sans entrave, d’étudier, de travailler, d’avoir des enfants ou non, il reste comme un goût amer dans l’air… le sexisme… ce mot un peu dérangeant qui ne nous concerne plus vraiment, mais qui résonne malgré tout à chaque fois qu’un petit rien vient le chatouiller.

Ce sont de ces petits « rien » dont j’ai envie de vous causer.

Alors oui, on a le droit de vote (depuis 1944), on a le droit d’exercer sans consentement un emploi (depuis 1965), d’user d’une contraception (1967), le recours à l’IVG (1975, mais remboursé seulement à partir de 1982), on a le droit d’aller dans les mêmes écoles que les garçons (depuis 1976), et en plus en 1983 la loi Roudy pose le principe d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.

Trop classe ! Encore un peu, et on pourra même envisager de garder nos poils !

Mais derrière tous ces beaux articles de loi et l’émancipation qu’ils ont permis, derrière tous ces combats que nos aïeuls ont menés pour nous, il en reste un que nous n’honorons pas : celui de l’implicite.

Que savez-vous du sexisme implicite ? Celui qui vous fait vous sentir constamment un peu moins que…. ou un peu plus coupable / responsable / redevable que…?

On pourrait parler de sexisme « bienveillant », ou encore de sexisme « ordinaire », un peu comme du racisme ordinaire, qui englobe tous les comportements communément admis ou presque mais qui sont loin d’être normaux puisqu’ils démontrent la mise en relief d’une différence au mieux, d’une infériorité parfois.

Le sexisme implicite, ce sont toutes ces petites phrases un peu cinglantes qui vous rappellent à votre condition d’être faible et quelque peu incapable. Je vous en offre un petit florilège. Que du pur beurre, vécu pour de vrai :

  • « ah heureusement qu’il y a les hommes pour vous aider » (situation : une jeune femme en panne sur le bas côté) ;
  • « tu manges beaucoup pour une fille ! » ;
  • « tu ne ressembles pas aux autres femmes » ;
  • « tu devrais te mettre plus en valeur avec les formes que tu as » ;
  • « elle est chiante, elle a ses règles ou quoi ? »

C’est tout mignon… c’est même parfois galant et flatteur, mais ça n’en reste pas moins dérangeant dans les contours.

Là où ça devient plus insidieux encore, c’est quand la société entière a décidé que vous étiez responsable de tous les malheurs du monde. Enfin, à votre échelle. N’allons pas faire de vous une déesse, fut-ce des enfers (bien que traditionnellement, les êtres maléfiques sont quand même principalement des femmes, mais passons, ce n’est pas le sujet).
Ainsi, nos mères, nos conjoints, nos amis, les enseignants de nos enfants, nos médecins, et nous même, nous infligent au quotidien un traitement digne des pires pervers :

  • culpabilisation maternelle parce que nous n’avons pas pensé à tous les vaccins (ou décidé qu’on avait un doute quant à l’impact sur leur santé) / petits bobos / petits comportements à risques qui auraient pu – gravement, on n’en doute pas – porter atteinte à la vie de nos chérubins… parce que nous avons allaité trop longtemps, ou pas assez, ou mal, ou deux enfants à la fois… que nous avons un rapport trop fusionnel avec eux et que c’est pour cela qu’ils ne s’alimentent pas correctement… parce que nous avons dormi avec eux histoire de fermer l’œil une fois de temps en temps et que c’est pour ça qu’ils ne font pas leurs nuits… qu’ils marchent un peu de travers et que « quand même, comment ça se fait que vous n’ayez pas remarqué ?! », et que ça les empêchera à coup sûr d’être patineur de haut niveau ;
  • culpabilisation maternelle encore parce que nous n’avons pas le temps d’aider aux devoirs, de vérifier s’ils ont bien mis leur pantalon à l’endroit le matin, ou parce que nous avons oublié de leur mettre un goûter dans le cartable ; parce que nous avons oublié de signer une évaluation ou que nous rendre à la réunion nous est impossible. Reproches parce que nous n’avons toujours pas pris rendez-vous chez l’orthophoniste ou chez le psy parce que « quand même, cet enfant est trop sensible, c’est pas normal », et que en tant que mère, nous ne sommes pas des professionnels, donc pas bien placés pour éduquer nos enfants. Reproches parce que non, on ne pourra pas venir chercher l’enfant fiévreux avant 16h30, parce qu’on est coincée à 80 km et que le temps de faire la route, de toute façon il sera 16h30 passé.
  • culpabilisation professionnelle parce que quoiqu’on fasse, pendant un temps on sera soit une bonne employée, soit une bonne mère… parce que le petit dernier est encooore malade oui, et que non, il ne peut pas se garder tout seul à 2 ans… parce qu’il n’est techniquement pas possible d’arriver au travail avant l’ouverture de la garderie périscolaire ou de rester après la fermeture, et que non, on ne pourra pas participer à une formation pile à l’heure où l’on n’a d’autre choix que de récupérer nos enfants au bus qui les dépose à 3 km de la maison ;
  • sacrifice maternel ou féminin quand il reste juste une ration dans le plat le soir, qu’on en voudrait bien, mais les enfants aussi / le chéri aussi, et qu’ils sont prioritaires (avouez, vous êtes beaucoup à vous reconnaître) ;
  • culpabilisation quand le ménage n’est pas fait, que la maison est en bazar, que le linge a pris du retard, que les enfants ne sont pas bien coiffés et habillés ;
  • culpabilité quand les fluctuation de nos cycles nous amènent à ne pas avoir envie de sexe, débouchant vers la frustration de nos conjoints ;
  • déconsidération par rapport à la notion de tâche, mettant en avant que parce que tu es une femme, d’office, tu ne seras capable que « d’annexes » (décoration, fleurissement, embellissement…) ;
  • intimidation de la part d’hommes ou de femmes plus « grandes » (physiquement) parce que la force cherche à imposer leur point de vue au détriment de tes arguments certes pertinents mais dits de trop bas ;
  • fierté et regards admiratifs de la part de tes pairs, parce que tu sais faire des « trucs de mecs » (mécanique, plomberie, électricité, menuiserie…) ;
  • intervention bienveillante masculine quand tu soulèves le capot de ta voiture, porte un carton (marrant, un enfant c’est souvent plus lourd, mais point d’intervention du grand St Sauveur dans ces cas là) ;
  • malaise, quand un petit garçon hurle de dégoût quand il doit porter du rose parce que c’est « pour les fiiiiilles ».

Bref… arrêtons nous là. Tous ces petits « riens » quotidiens sont épuisants, usants, et anormaux.

Je ne me fais aucune illusion sur le fait qu’un homme pourrait vivre quelques unes de ces situations également, mais statistiquement parlant, combien sont-ils en comparaison ? Ils vivent d’autres situations pas très agréables non plus, liées à l’implicite leur sommant d’être le sauveur, le puissant. Si les situations ne sont pas forcément plus enviables, leur résultante nourrit quand même davantage l’ego et l’estime de soi.

Alors je vous enjoins, tous et toutes, de continuer le chemin tracé par nos mères, nos grands-mères, afin de nous libérer vraiment, hommes et femmes, des diktats du sexisme : arrêtons de nous croire moins capable. Arrêtons de nous sous alimenter. N’acceptons plus les inquisitions déplacées. Expliquons aux petits garçons que dénigrer la fille est intolérable. Arrêtons d’attendre une galanterie sans fondement… parce que c’est par le fond que peuvent le plus efficacement changer les formes.

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